Description
LE POIDS DES AUTRES — I. L’Art de la pierre
À Vérane, la magie se paie en calcaire. Elle se dépose sur les os, elle raidit les mains, elle finit par prendre le cœur. Les riches meurent en statues dans la Nef des Mourants ; les pauvres meurent assis sur une chaise, devant leur porte.
Elowen Carrier grave les mourants. Elle entre dans leur pierre avec un burin et en tire leurs souvenirs, un par un, jusqu’au sceau final.
On lui confie Silas Varenne, héros d’une guerre oubliée, pétrifié à quatre-vingts pour cent, condamné dans quarante jours. Il ne s’est pas usé en combattant : il a passé sa vie à prendre sur lui la pierre des autres.
Il ment sur sa douleur. Elle apprend à le lire. Et sous la ville, un bassin de lait blanc coule vers les quartiers bas depuis trente ans, avec l’accord d’une commission, des tables et des comptes justes.
Aimer, ici, c’est prendre sur soi un peu de la pierre de l’autre.



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