Les marées d’éther – Tome 1

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Dans le royaume insulaire de Caelum, la magie ne coule pas dans le sang, mais s’accumule sous forme de calcaire magique sur le squelette des vivants. Plus une personne étudie les arts occultes, plus ses os s’alourdissent, se rigidifient et finissent par la pétrifier totalement : c’est la « Pétrification Sacrée ».

Elowen, jeune sculptrice et ostéo-magiciene, travaille dans une nef des mourants. Son rôle est d’engraver les mémoires des pétrifiés directement sur leur chair minéralisée avant leur immobilisation ultime, transformant leur corps en statues-bibliothèques pour les générations futures.

Son quotidien bascule lorsqu’on lui apporte Silas, le plus puissant mage de guerre du royaume, accusé de haute trahison. Il est déjà pétrifié à 80 % : seules ses mains, son visage et son cœur restent de chair. Pour extraire le secret de sa trahison avant son figelement total, le Conseil ordonne à Elowen d’engraver son corps. Mais dès le premier contact de son burin sur le torse de Silas, elle découvre la vérité : Silas ne se pétrifie pas à cause de la magie, mais parce qu’il absorbe sciemment la calcification des habitants des bas-fonds pour les sauver d’une mort lente. Et chaque gravure qu’Elowen trace sur lui ne lit pas son passé, elle transfère une partie de sa propre vitalité pour retarder sa pétrification à lui.

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LE POIDS DES AUTRES — I. L’Art de la pierre

À Vérane, la magie se paie en calcaire. Elle se dépose sur les os, elle raidit les mains, elle finit par prendre le cœur. Les riches meurent en statues dans la Nef des Mourants ; les pauvres meurent assis sur une chaise, devant leur porte.

Elowen Carrier grave les mourants. Elle entre dans leur pierre avec un burin et en tire leurs souvenirs, un par un, jusqu’au sceau final.

On lui confie Silas Varenne, héros d’une guerre oubliée, pétrifié à quatre-vingts pour cent, condamné dans quarante jours. Il ne s’est pas usé en combattant : il a passé sa vie à prendre sur lui la pierre des autres.

Il ment sur sa douleur. Elle apprend à le lire. Et sous la ville, un bassin de lait blanc coule vers les quartiers bas depuis trente ans, avec l’accord d’une commission, des tables et des comptes justes.

Aimer, ici, c’est prendre sur soi un peu de la pierre de l’autre.

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